Et cætera, etc.

Etc.

Istor-Gwir, la légende

par Stéphanie Jardelle in Contes et légendes

Il était une fois, dans la forêt de Brocéliande, Istor-Gwir, un korrigan, sorte de lutin breton à la susceptibilité renforcée, lapalissade me direz-vous, qui passait ses journées, comme tout bon korrigan qui se respecte, à jouer des tours, plus ou moins fins, aux touristes venus marcher sur les pas de Merlin l’enchanteur, Morgane, Guenièvre, Arthur, bref, toute cette bande de roumains venus squatter la terre de ses ancêtres, le temps d’organiser un fest-noz sauvage, plus proche d’un « Burning Man » que d’un festival de bigoudens agrémenté de bombardes. Ces pouilleux étaient tellement imbibés d’hydromel et de chouchen que leur séjour, bien que de courte durée, fit naître une légende qui n’avait rien à voir avec la réalité.

Merlin, ancêtre de la tribu, avec sa barbe blanche logeant miasmes et autres micro-organismes peu ragoutants mais néanmoins abondants, puisqu’à partir du moment où, lorsqu’on s’en approche, on peut entendre cette micro-population communiquer, c’est qu’elle en est déjà au stade où le tout-à-l’égout est installé.

Bref, ce Merlin donc, qui fait tant parler de lui de nos jours, n’était en fait qu’un vieillard sénile se baladant durant des nuits entières dans le bois, avec un entonnoir sur la tête, pour, disait-il, « rassembler ses idées et faire qu’elles fusent toutes ensembles vers le sommet du crâne afin de les regrouper en un seul jet ». Partant de là, il suffit qu’un ou deux alcooliques notoires l’aperçoivent dans la brume au sommet d’un arbre coupant du gui à la serpe, pour en créer un magicien chapeauté. Certains le virent même parler à des animaux et chevaucher des cerfs, ce qui, quand même, met un peu la puce à l’oreille sur l’intensité de ce fest-noz. Des stupéfiants y aurait circulé qu’on en serait pas moins étonnés tout de même.

Et que dire du roi Arthur ? Ah ça, pour dire des conneries, c’était bien le roi ! « Excalibur… Excalibur » qu’il disait ! Ce pauvre attardé mental, ce qui n’est point de son fait, puisqu’on ne choisit pas ses géniteurs, nés eux même d’une consanguinité apparente, avait comme obsession d’offrir un bouquet de champignons, de coprins chevelus pour être exact, qu’il trouvait d’une beauté remarquable, à Morgane, sa sœur (oui, on ne peut lutter contre le schéma familial lorsqu’on a une lignée pareille de toute façon). Mais Arthur, n’y connaissant pas grand-chose à la mycologie, n’avait de cesse que de pointer chaque coprin avec un bâton et d’une voix nasillarde au possible ajouter à un rhume des foins, demandait à qui voulait l’entendre « Est-ce qu’il est mûr ? Est-ce qu’il est mûr ? ». L’histoire ne dit pas s’il cueillît un champignon sur un rocher mais il est fort à parier que là encore, cette légende ne vint pas d’un esprit très sain.

Quant à la Dame du Lac, Viviane, l’ingénue du groupe, qui passait ses journées et ses nuits à barboter dans l’eau boueuse de l’étang nauséabond qui servait, et qui sert encore, aux Korrigans à faire leurs besoins naturels. Sa légende étant aussi approximative selon les écrits de chacun, qu’elle passe de maîtresse de Merlin à mère nourricière de Lancelot, sous prétexte qu’on l’aurait vu se faire téter allégrement par ce jeune écuyer. L’histoire ne détaillant pas cependant cette orgie de corps entremêlés sur une table ronde dont fût témoin tous les Korrigans. Mais chut…

Istor-Gwir n’en pouvait plus de voir ses terres piétinées par des touristes qui auraient pu illuminer la voûte céleste si la connerie pouvait alimenter en énergie les constellations. Il fallait remédier à cela avant qu’il ne soit trop tard, et que Brocéliande ne finisse par être saccagée par ces cueilleurs de champignons, ces randonneurs, ces cars d’estivants, en clair, ces humains répugnants. Il allait réunir son clan et dévoiler au monde la supercherie.

Istor-Gwir s’élança à travers bois, soulevant un nuage de poussière de schiste pourpre, sautant par-dessus les genêts, slalomant autour des chênes, il devait rejoindre au plus vite l’arbre d’or du Val sans Retour, là où se réunissaient chaque jour korrigans et fées pour leur réunion syndicale. Une dernière route à traverser et… PAF ! Istor-Gwir fût fauché en pleine course par un camping-car d’Hollandais ! Son pauvre corps endolori roula dans un fossé. Le coup ne lui fût pas fatal mais l’amnésie le frappa à tout jamais.

De sa poche roula un calice, qui vint se perdre dans les fourrés de bruyère…

Le Saint Graal !

Ah oui, ça, ça c’était vrai !

Fin