Et cætera, etc.

Etc.

Cirque de montagne

par Ana Weber in En campagne

Ma respiration est calme comme si je dormais, en recul du brouhahas et de la fanfare du 14 juillet. Loin dans le nulle part, le souffle du vent qui secoue mes cheveux, les herbes et les fleurs de trèfles, je me sent bien vivante. Chaque gramme de mon corps prend tout son sens. Il me rattache fermement au sol qui vibre de criquets. Les brins d’herbes d’un vert bien hydraté s’entrelacent entre mes petits orteils blancs. La lumière réconfortante contourne les reliefs, mes grains de beautés pas si beaux que ça et le duvet de mon visage. Mes court cheveux (ceux qu’on adore caresser, ceux dans la nuque) frissonnent par la brise non légère qui courbe mon dos.

Je tremble légèrement de l’intérieur, alors je remets mes chaussettes longues comme des bas. Mais je ne remet pas mes chaussures qui engoncent mes pieds, je décide de les laisser profiter de leur partielle liberté.

Je suis sur la scène d’un cirque, ayant comme public des chaînes de montagnes édentées. Les sapins s’emboîtent les uns dans les autres et se dispersent aux sommets. Cette immensité qui semble si irréaliste me fait perdre toute notion de perspective et de proportion. J’ai envie d’attraper à pleine main cette verdure, j’ai envie de la palper. Je tends le bras pour essayer de sentir cette texture attirante et d’une trop grande dimension.

Je voudrais connaître le nom de chaque plante qui m’entoure. Et en donner un à toute individuellement, chacune avec ses particularités et ses différences.

C’est impressionnant comme ce lieu, en fait comme la nature non polluée par les créations, non les difformités humaines, nous fait prendre conscience de notre existence, de l’instant présent. De la fascinante importance de notre corps pourtant si frêle. Encore un mince bout de chair sur cette planète constituée d’eau et de terre. Je pourrais parler de l’amour en général, de ses yeux, de la tristesse et de la frustration que chacun ressent, de notre société qui me révolte et de tas d’autres choses qui nous paraissent importante et qui d’ailleurs peut-être le sont. Mais là plus rien n’a d’importance. Je n’arrive pas à croire que juste être là, posée dans un champs, remplisse mon être qui parfois me semble si vide et si creux. Je suis à chaque fois surprise de l’effet que cela me procure.

Je pourrais parler de ces petits détails qui prennent une importance considérable à mon bonheur : à nouveau de ta nuque qui me fascine, de cette Despérados qui hier m’a parue si revitalisante, de cette cigarette que j’ai fumée entre deux cris d’enfants, du sourire timide de cette petite fille qui se cramponnait si fermement à ma jambe, de la farine sur mes épaules qu’on m’a jetée dessus, de ces larmes et de la morve qui coulaient abondamment sur le mentons de cet infernal gosse qui lui aussi a finalement bon fond comme on ose dire, de ces raisins gonflés dans ma salade de quinoa. Mais je n’arrive pas a parler ; comme quoi ici, tout ces petits détails ne sont rien.