Et cætera, etc.

Etc.

En attendant

par Ana Weber in En campagne

03/07/2017, 19 heures…

Je suis dehors, assise sur un muret. Il fait frais, il est 19 heures et j’ai oublié mon sweat et mon écharpe avant de partir.
Je sais pas trop où je suis et j’attends un message pout savoir où je vais.
Alors j’écris des mots, des banalités, ce qui me passe par l’esprit.
Je sais qu’à un moment ou à un autre, je vais me rouler une cigarette et puis que peu après je vais la fumer pour me donner l’impression de faire quelque chose et d’avoir plus chaud.
J’écoute de la musique commerciale pour les marginaux pas si marginaux que ça, les gens de mon âge et ça me plaît.
Je regarde les gens passer avec leur vie accrochée à leur visage et l’image qu’ils veulent montrer d’eux-mêmes à leurs vêtements.
Il va pleuvoir, je le sens et je ne suis pas préparée à courir sous la pluie avec juste une chemise sur le dos et une valise de 30 kg.

Je sais aussi que ce que je montre de moi aujourd’hui par mes paroles, mes gestes, ma tenue et mon maquillage, ce n’est pas moi ; je me fonds dans la foule.
J’ai froid, je change de musique et je vais me rouler une clope. Super original, tiens !
J’avais envie de danser sur cette musique tout à l’heure, mais plus maintenant.
Bon j’arrête je vais rouler cette clope, oui ou merde ?

C’est bon.
Il n’y a plus personne aux cafés et les gens s’activent pour rentrer chez leur plus ou moins confortable chez eux.
J’aime bien écrire en fumant, je me dis que les gens doivent penser que je fais une thèse ou des études de lettres ou que je suis écrivaine ou encore que j’écris une de ces pitoyable et niaise lettre d’amour ou une de ces enragée et vulgaire lettre de rupture. Ou peu-être ils pensent juste que j’écris une liste de course. Ou sinon, ils s’en foutent. Oui je crois que c’est ça : ils s’en foutent.

Bon je vais relire cette merde de mon ennui déstructuré que je viens d’écrire. Et on se retrouve pour un prochain épisode. Bonne soirée.
Verdict : C’est nul et ça part dans tous les sens comme mes dissertations de philo, mais ça me plaît.

Toi aussi (la dame à côté de moi), tu attends, assise sur le muret à faire semblant d’envoyer un message.
Je ne sais pas pourquoi on se sent obligé de faire quelque chose quand on est seul. Pourquoi ce serait gênant de ne rien faire ou de montrer qu’on s’ennuie… Je ne sais pas.
Ah non, en fait, toi, tu attends vraiment un message ou peut-être que tu es une très bonne comédienne et que tu as raté ta vocation. Tu regardes ton portable, puis droit devant toi, suivi de ta main qui passe devant tes yeux. Tu as l’air fatigué d’attendre et tu as l’air d’avoir envie de te lever. Pourtant, tu es là depuis seulement quelques minutes et moi depuis une heure (« La pauvre petite orpheline… » Violons…)
Ah bah, tu manges maintenant ! Moi aussi, j’ai faim. Enfin, je ne sais pas trop. Ou peu-être que tu fais ça pour t’occuper l’esprit.
Bon, je rallume ma cigarette qui s’est éteinte, elle n’a pas suivi ma frénésie d’écrire (ha ha ha, c’est un peu exagéré).
J’aime pas quand les gens viennent trop près de moi. Ils brisent ma petite bulle. J’ai l’impression qu’on viens me taxer une clope ou du fric ou pour me dire des choses que je n’ai pas envie d’entendre.
Encore éteinte cette pu*** de clope. Et puis la dame est partie.
Je me sent seule (musique dramatique). Encore, avant, on pouvait partager notre énergie d’ennuis (tiens, un oxymore).

Oh, il va pleuvoir dans un futur très proche. Et je ne veux catégoriquement pas. (Cette phrase a-t-elle du sens ? Je m’en fous, je crois.)
Il fait sombre, ce n’est pas la nuit qui approche, mais de gros nuages noirs.
Ils sont mignons (je parle de ce couple) et puis eux aussi — beurk !
J’ai envie de chanter la chanson d’Anaïs : « Je hais les couples qui me rappellent que je suis seule… »
Bon, je dois chercher une technique de repli. La pluie sera mon pire ennemi dans l’instant présent.
Ah, et merde on m’a percée à jour, je suis prise en flagrant délit de « Je me fais chier et je suis seule ».
Bon, je crois que je vais mettre en place mon plan de repli et hanter la ville à la recherche d’un lieu.

Courage agent Ana 000.