Et cætera, etc.

Etc.

Fleurs de lys qui embaument tes cheveux

par Ana Weber in En campagne

Elle est là,

Déformée sous l’eau chlorée qu’elle agite.
Son corps diffus, gesticule, enrobé par les ondes aqueuses de la piscine.
Elle m’offre cette étrange image : entre noyade et replis apaisant, nécessaire face au monde en urgence. Son corps qui se matérialise, contenu, elle est sourde au bruit urbain : retour en soi, pour soi.
Comme une semi-présence, comme la fumée de ma cigarette dévorée peu à peu par mes inspirations.
Figée, je l’englobe par mon regard pour la tenir, la retenir, la faire flotter.
Prise de conscience de la fragilité de l’être, d’être, d’être ensemble, d’être avec elle.
Sous l’eau, brouillée, à quoi pense-t-elle ?
Je me rends à l’évidence : la véracité de mes pupilles qui s’agrippent à ses lèvres, qui appelle sa peau : je l’hurle.

Je n’éprouve pas de morcellements, je ne dégouline pas, sans émotions tentaculaires qui s’emmêlent et se nouent, pas d’éparpillement. Habituellement, je perds pieds dans la relation. Je me fonds et me confonds en l’autre. Mais ici, là, sur les planches cirées qui encerclent le bassin, elle qui est là, je suis contenue, pleine et rassemblée. Elle m’assemble et il me semble, me gonfle de béatitude, de tendresse inavouée.

Elle émerge brusquement à la surface, le visage submergé par ses cheveux. Ses lèvres ruisselantes, ses paupières perlées, ses joues rosies, elle me sourit : elle est tellement belle.
Une gaieté insoupçonnée émane de sa poitrine, se déverse tout autour d’elle et vient m’atteindre jusqu’aux veines. Elle s’approche, les membres freinés par le liquide transparent, se propulse hors de l’eau et m’adresse un baiser qui m’inonde de plaisir.